Pour que la santé reste un droit
A la veille de l’adoption par le Sénat du projet de loi sur les franchises médicales, nous avons souhaité rencontrer le directeur du Centre Municipal de Santé, Alain BREMAUD afin d’avoir son point de vue sur l’évolution du système de santé national et local
Razika Kerchouni : Les mesures prises actuellement pour la Sécurité
Sociale sont-elles de nature à faciliter ou aggraver l’accès aux soins ?
Alain Brémaud : La réforme en cours est une réforme contre la Sécurité Sociale et
contre les usagers. Contrairement à ce qui est prétendu, il ne s’agit pas de sauver la Sécurité Sociale mais de rentabiliser ses comptes afin d’offrir cette manne financière, progressivement
aux assurances privées. C’est une orientation ancienne, hélas poursuivie au fil des gouvernements successifs, mais qui dans la dernière période va en s’accélérant.
R.K : Mais comment les pouvoirs publics actuels essaient-ils de
rééquilibrer les comptes de la Sécurité Sociale ?
A.B. : Pour
diminuer les dépenses de santé (exclusivement les dépenses de santé remboursables) on a tout essayé : demander aux patients d’être moins malades : échec ; demander aux soignants
de soigner moins : échec. Donc il reste la diminution des remboursements qui va croissante et l’organisation depuis plusieurs années de la pénurie de soignants. Moins de prises en charge,
moins de prescripteurs pour réduire les dépenses remboursables. C’est l’instauration d’une médecine à plusieurs vitesses où seuls ceux qui peuvent se payer des frais sanitaires non remboursés
pourraient accéder au meilleur soin. On n’a pas envisagé l’autre solution qui consisterait à améliorer les recettes de la Sécurité Sociale en taxant, par exemple les bénéfices des
spéculateurs.
R.K : Les franchises médicales
vont dans ce sens ?
A.B. : Cette dernière mesure est une pénalité financière à la maladie. Elle symbolise
le changement d’orientation que l’on a voulu donner à la Sécurité Sociale : transformer une Sécurité Sociale basée sur la solidarité en un système d’assurance maladie où plus on est malade, plus on paye et où plus on peut payer, plus vite et mieux on est soigné.
R.K : Dans cette situation, comment le
Centre Municipal de Santé (C.M.S.) peut-il se positionner ?
A.B. : L’existence du C.M.S. est liée à la volonté de la Ville de permettre l’accès
aux soins équitablement pour le plus grand nombre. C’est un vrai choix politique car la Santé ne figure pas dans la liste des obligations municipales.
La Municipalité de La Courneuve s’est engagée dans une démarche visant à maintenir le nombre de soignants dans la Ville, à faciliter l’accès aux soins, à freiner
les effets néfastes de la politique actuelle. Ainsi le C.M.S. permet de maintenir une offre de soins plus satisfaisante sur la ville, de favoriser l’accessibilité sociale (pratique du tiers
payant, conventions avec les mutuelles, C.M.U., Aide Médicale d’Etat et de multiplier des actions de prévention et d’éducation sanitaire pour les Courneuviens. Cette volonté, ces actions, la
complémentarité des soignants du C.M.S. avec les soignants libéraux de la ville, animés par les mêmes valeurs, contribuent à retarder la mise en place d’une médecine à plusieurs vitesses.
R.K : Et l’avenir ?
A.B. : Il vaut mieux, si on est malade, être dans un monde
où il y a une assurance maladie solidaire. Au train où vont les choses, il ne fera pas bon, dans l’avenir, être pauvre et malade sauf si la mobilisation de tous permet d’empêcher ces mauvais
coups.
Chaque année, le Centre municipal de Santé réalise 90 000 actes médicaux, paramédicaux et dentaire. Il accueille plus
de 16 000 patients différents chaque année parmi lesquels 77% sont Courneuviens. 31% des Courneuviens fréquentent le CMS.
Le CMS gère plus de 30 000 dossiers actifs et ouvre 3 500 nouveaux dossiers-patients chaque année
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